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lundi 9 octobre 2017

Jacob Frank et le mouvement frankiste de Alexander Kraushar


Rapide présentation du livre (en deux tomes) "Jacob Frank et le mouvement frankiste" d'Alexander Kraushar (1843-1931), historien et journaliste polonais, accessoirement juif qui finira par se convertir au catholicisme (sincèrement ou non, le mystère demeure).

Abordons les choses qui fâchent d'emblée, cet ouvrage recèle de très nombreuses informations concernant Jacob Frank, sa fille et leurs sectateurs, mais la forme, quant à elle, laisse à désirer.
Fautes d'orthographe multiples, feuilles qui se détachent, erreurs dans la numérotation des chapitres...
Si on ne peut que louer l'initiative des éditions Hades d'avoir traduit cette monographie du polonais au français, on regrettera le manque de rigueur de l'édition ici présentée, surtout compte-tenu du prix (35 euros le tome, tout de même...)



Jacob Frank (1726-1791)

Passées ces considérations formelles, quelques mots sur le terreau dans lequel a pu prendre racine le mouvement frankiste.

Jacob Frank s'est autoproclamé messie juif et successeur de Sabbataï Tsevi (qui lui aussi s'était déclaré "messie" en 1666).
Ce dernier avait finalement accepté de se convertir à la religion musulmane afin d'échapper à la mort (Frank se convertira faussement lui aussi, mais au catholicisme).*
De nombreux adeptes de la secte suivirent Sabbataï Tsevi et il en a résulté une communauté, les "donmeh" (ou "apostats"), musulmans en surface mais ayant conservés certaines pratiques propres au judaïsme et qui ont essaimé dans l'Empire ottoman (à Salonique notamment puis dans la Turquie "moderne" dans laquelle ils ont joué un rôle primordial au sein du mouvement des "Jeunes Turcs").


Sabbataï Tsevi (1626-1676)
Le creuset dans lequel s'est épanoui cette secte fut tracé par les vues d'Isaac Louria, rabbin kabbaliste du XVI siècle, et de sa doctrine de la "rédemption par le péché".
Là encore, pour résumer brièvement, il faut parler de la conception du monde propre à la kabbale lourianique.
Au commencement il y avait Dieu, l'infini (En Sof), Dieu s'est alors alors "rétracté en lui-même" (Tsimtsoum) pour permettre la création du monde.
Les dix sefirot (ou sphères) de l'arbre kabbalistique sont ainsi créées, ce sont les vases destinés à recueillir les lumières divines.
Cependant, certains vont se briser et laisser échapper la lumière qu'ils contenaient.
C'est le Chevirat Hakelim (la brisure des vases), une grande partie de la lumière qui était contenue dans ces vases brisés retourne à la "source divine", aspirée par le En Sof.
Une autre partie de cette lumière se retrouve en revanche emprisonnée dans les brisures de vases, cette lumière est recouverte d'une écorce, une kelippah (au pluriel kelippot) qui renferme les étincelles divines.
Il convient donc de libérer ces étincelles par le travail du "tikkoun" ou réparation (voir l'article consacré au concept du Tikkoun Olam).
(La réparation du monde, terme qui est si cher aux Bernard-Henri Lévy -toujours prompt à faire parler la poudre et couler le sang de la Yougoslavie à la Libye- et autres Jacques Attali.)

Afin de libérer ces étincelles, il convient de dissoudre toutes les kelippot.
Sur un plan pratique, on pourra classer dans cette catégorie toutes les normes, frontières, institutions, traditions, états, religions (et prioritairement le catholicisme)... tout ce qui d'une manière générale permet de structurer le monde doit disparaître afin de libérer les étincelles divines qui pourront retrouver le "créateur".

Transgresser les interdits, salir ce qui est pur, renverser l'ordre des choses, favoriser les conflits, pervertir, tout cela est "bon" car permet d'éliminer des kelippot supplémentaires, c'est un mal en vue d'un "bien" (ou prétendu tel), ce sont les "souffrances de l'enfantement" qui permettront au messie de venir enfin.
Cette toile de fond lourianique (satanique) structure les mouvements messianistes sabbatéen et frankiste.


[*Notons que cette dissimulation, ce "double-jeu" propre à ces mouvements messianistes ne sont pas apparus de façon subreptice mais qu'il existait déjà une longue tradition de ce type dans le monde juif avec les marranes (Juifs faussement convertis au catholicisme) ayant fui la péninsule ibérique et s'installant notamment et en grand nombre dans l'empire ottoman. Lire à ce sujet "Histoire des marranes" ou encore "Dona Gracia Nasi" de l'historien anglais Cecil Roth.]


Eve Frank (1754-1816), fille de Jacob, qui a succédé à ce dernier à la tête du mouvement frankiste.

Pour revenir au livre à proprement parler, voici trois petits extraits des propos de Jacob Frank, révélateurs de son état d'esprit et du degré de perfidie du mouvement frankiste dans son ensemble à travers lesquels on sent poindre certaines théories kabbalistes exposées plus haut :

"Le bon Dieu ne peut venir dans ce monde qui a une fin, et c'est la raison pour laquelle nous devons essayer de tout transformer en cendres, comme le sable de la terre..." (tome I, p. 304) 

"Je ne suis venu en Pologne que pour que je puisse liquider toutes lois et religions, et mon désir est de donner vie au monde." (tome 1 p. 324)

"C'est certain, je m'efforcerai d'aller avec une grande force et une puissance, mais aux côtés de cette force nous devrons faire circuler des paroles douces et de l'imposture, tant que tout ne sera pas entre nos mains." (tome II, p.91)

On apprend aussi le financement du mouvement par la famille Rothschild (entre autres) et même si Kraushar se trompe souvent dans ses interprétations (pour lui, le frankisme appartient définitivement au passé et il ne voit en Jacob Frank et en ses sectateurs que des marginaux et des illuminés dont l'influence serait très limitée), l'ensemble des données amassées dans cet ouvrage permet de dessiner les contours de ce sulfureux mouvement messianiste qui, tel le phénix de la mythologie, renaît toujours de ses cendres et sous des formes disparates.
Par ailleurs, il n'est pas impossible de faire des analogies entre le frankisme et le national-socialisme allemand (dont le "culte du chef", la volonté de puissance et la haine des Juifs non kabbalistes ne sont pas les moindres).

Pour résumer, bien qu'il se révèle assez indigeste pour les raisons évoquées en préambule, cet ouvrage est un document historique de première importance qui se doit d'être lu et étudié.

mercredi 16 août 2017

La City de Londres


Documentaire à voir concernant la City de Londres, véritable "Etat dans l'Etat".
Certains aspects auraient néanmoins mérités d'être approfondis, tels que l'importance des marranes dans le développement de la puissance de la City (voir les travaux de Cecil Roth) ou encore la relation particulièrement étrange qu'entretiennent les anglo-saxons en particulier et les protestants en général avec l'argent et "Dieu" (n'oublions pas le "in God we trust" figurant sur les dollars américains...).
Il est évident que ce n'est en aucun cas du Christ qu'il est ici question, pour s'en convaincre, il suffit de relire les passages des Évangiles qui sont consacrés à l'argent.
A la City de Londres comme à Wall Street à New York, c'est bien Mammon que l'on vénère, le vernis pseudo-chrétien étant présent uniquement pour se donner un aspect respectable vis-à-vis du grand public qui observe tout cela les yeux grands fermés.


mercredi 19 juillet 2017

Sabbataï Tsevi et la Turquie



Document très instructif (mais très bienveillant...) concernant Sabbataï Tsevi et les conséquences de son mouvement messianiste sur la Turquie moderne.
Toujours garder à l'esprit l'importance du rabbin Isaac Louria et de son interprétation de la kabbale pour l'hérésie sabbatéenne.
Un élément primordial  que se garde bien de rappeler le documentaire ci-dessous qui pourrait faire croire que la secte en question est apparue subitement sans raison ni structures "spirituelles" lui préexistant.




D'autre part, cet article paru dans Rivarol en septembre 2007 donne des indications supplémentaires sur les Donmeh et leur rôle dans la révolution kémaliste :


Juifs et Turcs unis contre les chrétiens
LE spectaculaire virage de Nicolas Sarkozy déclarant le 26 août, devant la Conférence des Ambassadeurs, que « la France ne s’opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de négociations entre l’Union européenne et la Turquie soient ouverts » en vue de l’adhésion de la seconde, nous a conduit à relire le livre d’André Harris, Alain de Sédouy intitulé Juifs et Français (Grasset 1979, Poche), un intéressant témoignage sur les atrocités commises par les Turcs contre les populations grecques après la Première Guerre mondiale. Voici ce qu’en dit un certain Maurice Denailles, commerçant du Sentier interrogé par les deux journalistes. Le boutiquier est un juif d’origine turque, né en 1912, et qui a émigré en France en 1924. Il se souvient de l’arrivée au pouvoir de Mustapha Kemal : « Mes premiers souvenirs sont horribles, dit-il. C’est déjà un génocide. J’ai assisté au massacre des Grecs de Smyrne, j’ai vu des quartiers entiers brûler. J’ai vu les Turcs parader avec des colliers faits de bouts de seins. J’ai vu des popes grecs descendre en rang le long des rues, obligés de marcher sur des tessons de bouteilles jetés par la foule. »
Maurice Denailles, quant à lui, se réjouit que les juifs n’aient alors pas eu à souffrir de la fureur des Turcs : « Heureusement, explique-t-il, Kemal avait une mère demi-juive, ce qui nous a valu, cette fois-là, d’être épargnés. » (page 94).
 
Détruire les églises
Depuis fort longtemps déjà, les juifs nourrissent de grandes espérances sur les Turcs. En 1453, au moment de la prise de Constantinople par les Ottomans, les juifs se réjouissaient de la défaite des chrétiens. Voici ce qu’en écrit le grand historien juif Léon Poliakov : « Dans certains milieux marranes, cette victoire des “Ismaélites”, qui a laissé une impression prodigieuse à travers toute l’Europe, fut comprise comme le présage de la chute prochaine “d’Edom” [la chrétienté, ndlr] et de la délivrance imminente d’Israël. »
Les juifs s’attendent alors à la venue de leur Messie tant attendu : « Un actif conventicule de Marranes à Valence, assuré que le Messie venait d’apparaître sur une montagne près du Bosphore, se prépara alors à émigrer en Turquie : “… Les goys aveugles ne voient pas, disait une zélatrice du groupe, qu’après leur avoir été soumis, notre Dieu fera en sorte que nous dominerons sur eux ; notre Dieu nous a promis que nous irons en Turquie ; nous avons entendu dire que l’Antéchrist va venir ; on dit que le Turc détruira les églises chrétiennes et en fera des étables pour les bestiaux, et qu’aux juifs et aux synagogues, il fera honneur et révérence…” ». (Histoire de l’antisémitisme, tome I, Point Seuil, 1981, page 155).
L’alliance contre les chrétiens

On sait que de nombreux juifs avaient trouvé refuge dans l’empire ottoman après leur expulsion massive d’Espagne en 1492. Parmi eux, il y avait le fameux Joseph Nassi, l’héritier de la richissime famille Mendès. Celui-ci gagna la faveur du sultan Soliman. Poliakov écrit à son sujet : « Grâce à un réseau international marrane », il fut pendant une quinzaine d’années « l’homme le mieux renseigné d’Europe, et ses informations, doublées de ses cadeaux, lui permettaient de constituer à lui seul un “groupe de pression”, d’infléchir la politique étrangère ottomane, de décider même de déclarations de guerre et de conclusions de paix. » (page 211).
Ennemi juré de la chrétienté, Joseph Nassi entendait bien se venger des chrétiens, par Turcs interposés. En 1569, Nassi, fait duc de Naxos par le Sultan quelques années plus tôt, « conseille à Soliman d’attaquer Venise pour prendre Chypre dont il veut faire un refuge pour les Juifs », écrit Jacques Attali (Les Juifs, le monde et l’argent, Fayard, 2002, page 265).
Léon Poliakov écrit pour sa part : « Lorsqu’il poussa en 1570 Sélim à faire la guerre à Venise, l’entreprise débuta par la conquête de Chypre, dont il espérait devenir roi ; on sait que la grande île est le marchepied géographique de la Palestine. Mais la prise de Chypre suscita l’alliance entre Venise, le Saint-Siège et l’Espagne, et aboutit à la grande défaite navale turque à Lépante. En conséquence, Nassi tomba dans une demi-disgrâce… et d’autres favoris juifs le supplantèrent dans la faveur du Sultan… Son nom, qui pendant quinze ans ne cessa de défrayer la correspondance diplomatique européenne, fit encore longtemps après sa mort travailler les imaginations, Il concourut, à travers Le Juif de Malte de Marlowe, à la cristallisation de l’image de Shylock, le marchand de Venise. » (page 214 opus cité).
Dans son livre Rendez-vous avec l’islam (Grasset, 2005), Alexandre Adler confirme bien que les juifs ont soutenu à cette époque l’invasion turque, de même qu’ils avaient soutenu l’invasion arabe en Espagne quelques siècles plus tôt. « Partout dans leur avance, écrit-il, les juifs… accueillent les Turcs en libérateurs. » Soliman le Magnifique accueillit massivement les juifs d’Espagne, du Portugal, de Naples, de Malte, de Sicile et de Sardaigne qui furent expulsés par les Habsbourg. (page 168).
Les vraies origines du kémalisme

Il faut savoir que le mouvement des Jeunes Turcs au début du XXe siècle, la révolution kémaliste et le laïcisme occidental de la Turquie trouvent une partie de leurs origines dans le judaïsme. Les Donmeh (ou Donmehs) — des juifs faussement convertis à l’islam (cf. Psychanalyse du judaïsme, pages 158-164) — ont effectivement joué un rôle important dans l’histoire récente de la Turquie. Voici ce qu’en dit Gershom Scholem, qui est l’un des grands penseurs juifs du XXe siècle : Les Donmehs, écrit-il, « ont fourni de nombreux membres à l’intelligentsia des Jeunes Turcs… Ils ont joué un rôle important dans les débuts du Comité Union et Progrès, organisation du mouvement Jeune Turc qui eut son origine à Salonique… On a la preuve que David Bey, un des trois ministres du premier gouvernement Jeune Turc et chef important du parti Jeune Turc, était un Donmeh. » (Le Messianisme juif, 1971, Calmann-Lévy, 1974, p. 235).
Alexandre Adler confirme lui aussi les origines juives et maçonniques de la Turquie kémaliste : « L’un des fondateurs au moins du mouvement Jeune Turc, le 14 juillet 1889, jour centenaire de la prise de la Bastille, est un Donmeh avoué, Sükrü Dey. Plusieurs généraux Donmehs se battront à la tête de leurs troupes… dans les malheureuses guerres de l’empire. Mais l’entourage de Mustapha Kemal, malgré sa totale rupture avec son comploteur ministre des Finances donmeh Djazid Bey, sera toujours rempli de sabbatéens [les Donmeh, ndlr] (et par ailleurs d’une coterie de franc-maçons musulmans sunnites à l’origine, de rite écossais). » (Rendez-vous avec l’islam, page 175).
Dans une conférence du 14 mars 2005 à la maison Itshak Rabin, Alexandre Adler s’exprimait un peu plus librement, devant un public juif : « Vous ne serez pas étonnés d’apprendre que j’ai de nombreux amis Donmeh, c’est-à-dire disciples de Sabbataï Zevi, et je les trouve assez extraordinaires… S’il n’y avait pas eu autant de Donmeh dans les élites turques de la fin du XIXe et du début du XXe siècle, il n’y aurait pas eu de kémalisme. »
Et Adler ajoute : Les « grands Donmeh » ont été « à la tête de la réforme de l’école en Turquie » et ont créé « les premiers lycées modernes dont celui où Mustapha Kemal a fait ses études à Salonique. Bien sûr, poursuit Adler, les islamistes turcs disent que Kemal lui-même était un Donmeh, c’est faux. En revanche, son entourage, ses amis, étaient fortement Donmeh. » (cf. ).
C’est l’influence de ces juifs Donmeh, convertis faussement à l’islam, qui permet d’expliquer l’alliance actuelle entre la Turquie et Israël, explique Alexandre Adler : « S’il n’y avait pas eu de Donmeh qui ont occupé le poste de ministre des Affaires étrangères durant les trente premières années de la Turquie laïque et qui encore aujourd’hui représentent 40 % des ambassadeurs de Turquie dans le monde, dont la totalité des ambassadeurs de Turquie aux États-Unis, depuis maintenant 1950, sans doute que la Turquie ne serait pas l’alliée d’Israël. ».
Il reste à savoir dans quelle mesure les généraux donmehs des armées turques ont joué un rôle dans les massacres des chrétiens en Turquie après la Première Guerre mondiale, et dans le génocide des chrétiens d’Arménie. Mais ceci est une autre histoire.
Hervé RYSSEN. (Rivarol n° 2826 du 28 Septembre 2007)

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